Prévu pour 2037 à Alcochete, le futur aéroport Luís de Camões est le chantier le plus stratégique du Portugal pour les vingt prochaines années. Entre l’urgence de désengorger un hub saturé et les réalités environnementales du Tage, plongez au cœur d’un projet colossal qui doit redéfinir l’économie du pays.
Depuis plus d’un demi-siècle, le dossier du « Novo Aeroporto de Lisboa » (NAL) faisait figure de légende urbaine dans les couloirs des ministères. Évoqué pour la première fois en 1969, le projet a survécu à la chute de la dictature, aux crises financières et à une douzaine de localisations potentielles (dont la ville d’Ota en 1999, abandonnée pour ses coûts et ses vents dangereux). En ce printemps 2026, l’incertitude laisse enfin place à l’action : le gouvernement portugais a officiellement confirmé le site d’Alcochete. Ce projet, dont le coût est estimé à 8,5 milliards d’euros, n’est plus une option, mais une nécessité absolue.
L’asphyxie d’Humberto Delgado : Pourquoi Lisbonne n’a plus le choix
Si le projet suscite autant de débats, c’est que l’actuel aéroport Humberto Delgado est en état d’asphyxie. Situé en plein cœur de la zone urbaine, ce qui limite toute extension majeure, il a été désigné à plusieurs reprises comme l’un des pires au monde par les classements internationaux. La cause ? Des temps d’attente interminables et une infrastructure incapable d’absorber le flux actuel.
Conçu initialement pour 11 millions de passagers par an, le site en accueille aujourd’hui plus de 30 millions. Au-delà de l’inconfort des voyageurs, c’est un frein économique majeur : les analystes estiment que la capitale perd environ 1,8 million de visiteurs annuels faute de « slots » (créneaux de décollage et d’atterrissage) disponibles. Pour le ministre des Infrastructures, Miguel Pinto Luz, chaque jour de retard est un manque à gagner pour le PIB portugais, le tourisme étant le pilier qui a soutenu le pays lors des crises de la dernière décennie.
Alcochete : Le choix d’un hub international sur mesure
Le choix du champ de tir d’Alcochete, situé à environ 30 kilomètres à l’est de Lisbonne, offre un potentiel que les autres sites n’avaient pas. S’étendant sur 7 540 hectares, cette zone militaire permet une expansion modulaire. Contrairement au site de Montijo, qui était une solution « low-cost » temporaire, Alcochete est pensé comme une solution définitive pour le siècle à venir.
Cependant, la confirmation du site cache un bras de fer entre l’État et le concessionnaire ANA (Groupe Vinci). En mars 2026, le gouvernement a officiellement critiqué les projections de trafic présentées par ANA, les jugeant « excessivement conservatrices ». L’exécutif craint que le concessionnaire ne sous-dimensionne l’aéroport pour limiter ses investissements initiaux. L’enjeu est de construire une infrastructure capable d’accueillir 45 millions de passagers à maturité, avec une flexibilité opérationnelle permettant de gérer des terminaux modulaires et des pistes supplémentaires si la demande explose plus vite que prévu.
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Les zones d’ombre : Environnement, pollution et accessibilité
Le gigantisme du projet s’accompagne de craintes légitimes, particulièrement chez les habitants de la rive sud. Pour les municipalités de Montijo et d’Alcochete, le calme actuel risque de laisser place à une pollution sonore et atmosphérique massive. Les résidents craignent également une flambée des prix de l’immobilier, portée par l’arrivée d’hôtels et de zones logistiques, ce qui pourrait exclure la population locale.
Sur le plan écologique, le défi est immense. La Foz do Tejo est un écosystème fragile, point de passage crucial pour des milliers d’oiseaux migrateurs protégés. Les études d’impact environnemental sont scrutées de près, et le rapport final attendu pour juillet 2026 devra proposer des mesures de compensation inédites pour obtenir le feu vert de l’Agence Portugaise de l’Environnement (APA).
Enfin, la question de l’accessibilité reste le « nœud » du projet. Pour que l’aéroport fonctionne, il faut que les voyageurs puissent rejoindre le centre de Lisbonne en moins de 30 minutes. Cela implique des investissements massifs dans les transports : navettes fluviales rapides, création de nouvelles lignes de bus et, à terme, l’intégration d’une liaison ferroviaire sur le pont Vasco de Gama.
Un horizon 2037 entre espoir et vigilance
Le calendrier est désormais serré. Après la remise des rapports techniques en juillet 2026, le dossier complet de concession devra être finalisé en 2028. Si aucune polémique majeure ne vient bloquer les travaux, les premiers vols commerciaux sont espérés pour 2037, avec une possible inauguration symbolique dès 2036.
D’ici là, Lisbonne devra faire preuve de résilience. Les travaux d’agrandissement du Terminal 2 d’Humberto Delgado, prévus pour les mois à venir, ne sont qu’un pansement sur une plaie ouverte. Le projet Luís de Camões est bien plus qu’un aéroport : c’est le pari d’un Portugal qui veut passer d’une destination « tendance » à un véritable hub mondial entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques.
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